En arrivant à Tours, j'ai longtemps cru qu'il n'y avait ici que le Sainte-Maure. Mais petit à petit, j'ai découvert d'autres trésors et surtout des éleveurs-fromagers riches de leurs savoir-faire et de leur respect du goût, de l'environnement et des bêtes.

Petit panorama des alentours de Tours, en forme de plateau de fromages...

plateau

Fromage bio, fromage fermier, qu'est-ce que ça change ?

Un fromage fermier est un fromage élaboré à la ferme avec le lait des animaux de l'exploitation.

C'est donc un tout petit pourcentage de la production française de fromages qui a le droit à cette mention. En effet, la plupart des éleveurs se sont spécialisés dans la production de lait, qu'ils vendent ensuite à des laiteries. Ces grosses sociétés (extrêmement concentrées en France) collectent le lait chez les producteurs, le mélangent, le traitent pour sa conservation et le transforment.

Alors, le fromage fermier, est-ce une lubie élitiste ou passéiste ? Pas du tout. Il n'est pas plus cher que le fromage industriel, pour peu qu'on l'achète sur les marchés. D'ailleurs, il est en général commercialisé par des circuits très courts qui conviennent à ces petites productions : vente à la ferme, marchés, fromagers et commerçants locaux.

Il présente à mes yeux deux très grands intérêts : le premier est que ce type de fromages offre une très large palette de goûts, d'odeurs, de formes... Chaque éleveur-fromager avec le lait de son terroir et son savoir faire propose des fromages inimitables. Des bons, des moyens, d'excellents... Des frais, des affinés, des ultra-secs... On trouve de tout pour tous les goûts, bien loin de l'homogénéisation des saveurs que propose la grande distribution.

Quant au deuxième intérêt, il relève des techniques de fabrication. Les laiteries sont obligées de traiter thermiquement le lait dès sa réception. Car le transport entre la ferme et l'usine, le délai qu'il représente, oblige à des précautions sanitaires indispensables. Le lait est donc pasteurisé, homogénéisé et standardisé (on lui retire ou ajoute de la matière grasse, des protéines, etc.) pour obtenir LE lait de la laiterie, toujours le même quelques soient les fournisseurs ou la saison. Et tout cela avant même que le processus de fabrication du fromage soit entamé. Sans parler de l'affinage, raccourci au minimum pour une productivité optimale.

Bref, je préfère comme d'habitude savoir ce que j'ai dans l'assiette et le contact direct avec le producteur. S'il est un peu bavard, il raconte volontiers ce que mangent ses animaux, s'ils pâturent, comment il fabrique son fromage...

Le label agriculture biologique quant à lui vous donne des garanties sur le fait que les bêtes connaissent l'herbe et le soleil ! Le lait (et donc le fromage) biologique est obligatoirement obtenu d'animaux qui doivent passer un maximum de temps en plein air et sont nourris par le pâturage et des aliments produits majoritairement par l'agriculteur, en bio, bien sûr.

Ensuite l'éleveur bio peut choisir de vendre son lait à une laiterie ou de fabriquer son fromage lui-même. Il existe donc des fromages bio industriels et des fromages bio fermiers, comme dans le secteur conventionnel.

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur les éleveurs caprins de la région Centre et sur leurs techniques, vous pouvez lire le petit dossier de la Chambre d'agriculture d'Indre-et-Loire.

 

Les végétariens et le fromage

Tout n'est pas idyllique au pays des chevres et des vaches bio... La production de lait pose plusieurs questions aux végétariens et aux personnes qui s'intéressent au bien-être animal.

Tout d'abord, n'oublions pas que lait suppose lactation. Il faut donc que la vache, la chèvre ou la brebis porte un petit.
Pour cela, l'agriculteur recours à l'insémination artificielle (dans le cas des vaches, et même souvent des chèvres) pour éviter d'élever un mâle agressif à la ferme. Les vaches élevées depuis bien longtemps par l'homme ont leurs petits quelque soit la saison. En revanche, chez les chèvres, elles l'ont naturellement l'hiver, si bien qu'elles produisent beaucoup moins de lait pendant les mois froids. De nombreux éleveurs "désaisonnent" la mise bas par des procédés artificiels pour étaler leur production de lait et répondre à la demande des consommateurs toute l'année, qui ne voient pas pourquoi ils devraient se priver d'une bûche de chèvre sur le plateau de fromage de Noël. Et pourtant...

A la naissance du petit, celui-ci est immédiatement séparé de sa mère. Pour l'avoir vu quelques fois, j'ai toujours trouvé cette scène déchirante. Et c'était avant que je sois devenue mère... A ma connaissance, tous les éleveurs le font, mais ils ne m'ont pas tous donné la même réponse à la question, "pourquoi" ? Est-ce une question de productivité en lait de la mère, de docilité de la mère pendant la traite ou les deux ?

En tout cas, le petit veau est souvent isolé dans un charmant box en plastique à sa naissance, où on lui apporte le lait de sa mère après chaque traite. Jusqu'à ce qu'il ait atteint l'âge fatidique. Si c'est une femelle, elle a une chance de rejoindre le troupeau pour y remplacer une autre femelle devenue trop peu productive. Si c'est un mâle, il est engraissé ou plus souvent revendu à un éleveur qui se charge de cet engraissage et de l'abattage. C'est pourquoi le "veau de lait", au contraire du "veau sous la mère" est une viande courante de race laitière et non bouchère.

Pour les chevraux, même destin. Les chevrettes sont moins souvent en pâturage que les chèvres adultes. Trop indisciplinées ? Elles sont donc plus souvent élevées dans les bâtiments. Quant aux mâles, il se trouve qu'on mange peu de viande de cabris en France. Ils sont donc souvent engraissés pour être exportés, vers l'Italie par exemple, où cette viande est prisée.

Quant à la fabrication du fromage lui-même, il nécessite l'ajonction au lait de présure, une substance obtenue de l'estomac du petit veau ou chevrau. Elle permet au petit la digestion du lait et au fromager d'obtenir le caillage.

Où trouver du fromage bio et/ou fermier à Tours ?

  • La ferme de la Lyonnière à Monnaie, certifié AB

fabrique les fromages "Marguerite" avec la vache noir et blanc sur l'étiquette ! Ce sont des fromages blancs, le Margotin (un fromage frais à la crème et aux fines herbes) et des fromages affinés (nature ou poivré, comme sur ma photo).
On les trouve à la ferme, dans l'AMAP Bio en Brenne, à Coop Nature et chez Biocoop Salut Terre, entre autres.

  • SCEA des Mimosas, à Chigné (Maine-et-Loire), certifié AB

Il fabrique du serré, une sorte de fromage blanc de vache, ferme et savoureux, obtenu sans présure. Parfait pour mes glaces au fromage blanc. Il propose aussi de la crème fraîche.

On le trouve le samedi matin, sur le marché Beaujardin ou à Coop Nature, rue Chalmel.

  • Michel et Jean-Yves Galopin, Gaec de La Revèlerie à Charentilly, non certifié

nous ont offert une très chouette visite de leur ferme dans le cadre de la semaine Slow Food. Un grand merci à eux.

Ils ne sont pas en bio, mais ne traitent pas chimiquement leurs terres, nourrissent leurs bêtes avec leur production (luzerne, foin, blé et pâturage, pas d'ensilage), utilisent des méthodes "non intensives et traditionnelles".
Avec 50 chèvres et 12 vaches, ils produisent à la fois du fromage blanc (vache et chèvre), des bûches de chèvre, de la tome de vache et du camembert (sur la photo). Ils fabriquent aussi de la crème fraîche et, de temps en temps, du beurre.

On peut acheter à la ferme ou, à Tours, sur le marché Coty du samedi.

Un élevage de vaches jersiaises qui donnent un lait jaune et particulièrement crémeux, et des fromages du département d'à-côté, qui valent le détour...

Ses produits sont vendus à Tours chez Coop Nature et chez Biocoop Salut Terre : on trouve leur crème fraîche pasteurisée, leur beurre cru, leurs yaourts et surtout le Fleur d'Anjou, un fromage affiné à la croûte lavée et fleurie (rose orangée) qui rencontre un grand succès auprès de mes enfants !

Avec 80 vaches et l'apport de lait par des éleveurs voisins, on dépasse le cadre strico sensu du fromage fermier. D'ailleurs, ces produits laitiers sont commercialisés au delà de notre région, dans les réseaux de magasins bio.

J'apprécie leur fromage mais aussi leur site Internet, à la fois pédagogique et sympathique.

  • Claude Echerseau, L'archerie à Saint-Epain, certifié AB

C'est lui qui a fabriqué la bûche de chèvre de la photo. Il est présent le samedi matin sur le marché Beaujardin et toujours souriant !

  • et un Sainte-Maure bio et excellent, malheureusement difficile à trouver à Tours... Je le signale pour les personnes qui habitent près de la ferme :

Dominique Guillet, La ferme du Bois rond, à Pussigny, certifié AB.

  • Enfin, signalons France fromages, le fromager des Halles de Tours, qui est spécialisé en fromages fermiers. Il affine et commercialise des fromages de la France entière, dont quelques fromages bio. Des fromages de notre région y trouvent aussi leur place.