Grâce à un commentaire laissé sur mon blog par Nolwenn, j'ai emprunté à la bibliothèque le dernier livre de Barbara Kingsolver : Un jardin dans les Appalaches, éditions Rivages (2008).

jardinSurprise ! Il ne s'agit pas d'un roman, mais du récit d'une année sabbatique prise par sa famille. Avec son mari et ses filles, elle décide de quitter le désert de l'Arizona pour s'installer dans leur ferme de Virginie. Là où l'eau est disponible, pour boire, mais aussi cultiver un jardin et élever des animaux. Leur intention est de devenir <<locavores>> et de raconter au monde leur expérience : ils refusent désormais de s'alimenter de produits qui ont traversé à grand renfort de pétrole le pays ou la planète, pour privilégier tous les aliments disponibles dans leur entourage, auprès des petits producteurs locaux.

Ce livre résonne avec mon expérience personnelle et toutes ses contradictions, et ravive encore si c'est possible, mon désir de trouver un jardin à cultiver pas trop loin du centre ville où nous avons décidé de vivre. Pas question de devenir fermiers, pour nous !

bon_propre_et_justeAvec son humour et sa poésie, ce livre est sans doute plus accessible que l'essai, très intéressant au demeurant, de Carlo Petrini, le fondateur de Slow Food : Bon, propre et juste, éthique de la gastronomie et souveraineté alimentaire, éditions Yves Michel (2006).

Après ces considérations théoriques et littéraires, il est temps de faire le point sur nos habitudes familiales. Depuis que je vous ai ouvert mon frigo, en décembre dernier, qu'avons-nous fait ?

D'abord, beaucoup discuté, dans l'intention velléitaire de formuler une résolution. Nous allions manger <<local>>, mais qu'entendions-nous par là ?

  • Des aliments issus du département, bien sûr. Mais est-ce qu'on ne pourrait pas faire quelques exceptions sur la région (pour varier un peu les fromages et trouver du beurre bio fermier, par exemple) ? Ou même étendre à la France, pour accéder aux agrumes, à l'huile d'olive, aux amandes, aux poivrons rouges, qui nous semblent indispensables à notre santé mentale !
  • Et pour le thé, le café, le chocolat, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on continue à acheter des produits bio du commerce équitable, comme d'habitude, considérant que nous nous achetons ainsi la bonne conscience suffisante ?

En listant tous les produits qui viennent d'ailleurs, je vous liste ceux sur lesquels nous buttons à chaque fois :

  • Le riz et  blé dur, nos deux céréales préférées, qui sont cultivées dans le sud de la France, mais surtout en Italie. Le blé dur sert à la fabrication des pâtes, du boulgour et de la semoule, aliments de base de notre petite famille végétarienne, autant appréciés par les enfants que par les adultes.
  • La sauce tomate, qui les accompagne souvent, et qui vient du même pays de cocagne ! En été, pas de problème, nous préparons la sauce tomate nous même et elle est incomparablement délicieuse. Mais à partir de novembre, un flacon de sauce tomate de temps en temps... Je n'ai pas encore trouvé le courage de me lancer dans la production industrielle de conserves maison. Donc, j'en achète de novembre à juillet (les tomates ne sont pas particulièrement précoces en Touraine).
  • Des produits qui viennent de Turquie et dont nous raffolons : lentilles corail, raisins secs, figues séchées. Notre consommation a plutôt augmenté que baissé cette année pour ces produits : nos enfants grandissent et se servent directement dans le frigo.
  • Et surtout, le sucre ! Je croyais acheter peu de sucre. Il me sert pour faire des gâteaux de temps en temps. Je choisis du sucre de canne complet, bio et équitable, qui vient de l'autre bout du monde. Mais j'ai réalisé que nous consommions des kilos de sucre malgré l'absence de confiserie ou biscuits du commerce à la maison : les confitures ! Elles contiennent du sucre à 50%, et même si on les choisit bio, impossible de choisir la qualité du sucre ou sa provenance. L'étiquette n'y suffit pas. Ma production personnelle de confiture se limite pour l'instant à 3-4 pots par an, alors que les hommes de cette maison en dévorent au moins deux pots par semaine...

    Vive le miel !

Et maintenant, le point en images et en toute honnêteté. La situation n'a pas beaucoup évolué. Mais au moins, nous connaissons les pistes d'amélioration.

frigo

Dans le frigo
, ça va à peu près pour les produits frais :

  • Les légumes et les produits laitiers viennent des fermes bio du département, et c'est à peu près tout ce qu'on trouve dans notre frigo en général.
  • Quant aux condiments : vinaigre de cidre et vinaigre de vin : Touraine, OK. Moutarde fabriquée à 80 km d'ici, hors département, mais je ne sais pas d'où viennent les ingrédients. Les condiments japonais viennent de Danival, c'est toujours mieux que le Japon. Idem pour les câpres, mais des olives noires de je ne sais où.
  • On retrouve aussi les inévitables noisettes (Espagne, c'est mieux que la Californie l'année dernière) et les raisins secs (Turquie). Je liquide le stock, puis mes enfants devront se contenter quelques mois des noisettes glanées autour de chez nous et qu'il faut écaler nous-mêmes et du raisin frais. Ça devrait fonctionner au moins jusqu'en novembre. Quand c'est délicieux, la privation n'est pas trop cruelle... Il y a aussi -oups- une bouteille de sauce tomate entamée ! On est pourtant en pleine saison des tomates ou je rêve ?

Alors, y a-t-il du progrès ? Il n'y a plus de lait végétal importé d'Italie ou des Pays-Bas, puisque dorénavant, je le fabrique moi-même en un coup de cuiller à pot. Plus de tofu non plus, je le prépare quand j'en ai besoin. Ca fait toujours quelques trajets en moins, même si les graines de soja sont importées. Connaissez-vous des producteurs français de soja bio qui vendent aux particuliers ?

Il n'y a plus non plus de noix de cajou, c'est toujours ça. On ne les trouve pas en Turquie, mais en Inde, dans le meilleur des cas. Mais j'ai bien peur qu'elles aient été remplacées par des arachides grillées qui viennent d'Egypte. Mon honnêteté m'oblige à vous le dire, même si elles ne sont pas stockées dans le frigo...

Tous les produits compromettants sont en effet à l'abri des regards, dans le placard... Pourtant plutôt vide après deux mois de vacances ou presque.
placard

Et oui, côté épicerie, c'est là que ça se corse.

J'ai fermement décidé de faire un effort sur les céréales cette année.

Je vais donc quitter mes fournisseurs habituels (Celnat, Markal qui importent presque systématiquement leur matière première), décrocher mon téléphone et acheter aux agriculteurs bio d'ici. Pour les grains entiers, je sais déjà où trouver blé, épeautre, petit-épeautre, seigle, millet. Un choix assez large, avec de nouvelles idées de recettes en perspective.

Je ne sais pas encore comment trouver du sarrasin ou des graines de tournesol décortiqués. Pour les farines, pas de problème, le choix est encore plus grand, et on les trouve même au marché : pas besoin de prendre la voiture !

Ce qui va me manquer, si je m'y tiens : les flocons, que j'utilise beaucoup pour faire les galettes. Et aussi, les semoules et grains concassés. On pourrait dire qu'il suffit de s'acheter une floconneuse et un moulin (ben tiens ! Ces appareils viennent d'Allemagne ou de Corée...). Mais flocons et boulgour sont aussi précuits à l'usine, et c'est ce qui rend leur usage si rapide et facile.

Je n'ai pas tranché pour les produits forcément importés : les purées d'amandes et de noisettes, le tahine, voire le beurre de cacahuètes, qui ont toujours une place privilégiée dans ma cuisine, mais sont loin d'être indispensables, je le concède. En attendant, je me console en me disant que l'usine Jean Hervé n'est pas très loin...

Et l'autre problème épineux : les boissons chaudes.

Pourtant, nous avons de la chance. Il y a (au moins) deux producteurs d'herbes aromatiques dans notre région : Cailleau à Angers et Phytobrenne dans l'Indre. Pour les tisanes pas de problème donc.

Il reste évidemment le thé, le café et les succédanés, dont nous sommes amateurs. Nous en buvons beaucoup moins, mais je ne me suis pas fait encore de religion sur ces questions. Trop difficile pour l'instant. Ça représente de toute façon des volumes à transporter moins important que les céréales, dans notre alimentation.

Quant aux légumineuses, qui sont stockées dans un autre placard, elles viennent presque toutes d'Indre-et-Loire ou de Charente désormais. On trouve par ici haricots secs blancs, rouges, noirs, lentilles brunes ou rouges, flageolets, pois cassés... La production locale de pois chiches a été très faible en 2007. J'espère que la saison 2008 aura été meilleure. J'ai dû me rabattre sur des pois chiches turcs, comme pour les lentilles corail. Mais au moins, mes haricots ne viennent plus de Chine ou du Canada.

Allez, je vous souhaite un bon décryptage d'étiquettes. Et surtout, gardez votre sang-froid : quand on commence à y regarder de près, c'est encore pire que ce qu'on croyait !