08 décembre 2007
Manger local : et mon frigo ?
La semaine dernière, j'ai assisté au Forum "Le bon produit existe-t-il ?" de l'IEHCA à Tours. En clôture de ce forum, nous avons vu We feed the World, le film documentaire d'Erwin Wagenhofer, qui met très crûment en évidence les aberrations de l'industristrialisation et de la mondialisation de l'agriculture.
Ce film m'a durablement choquée, alors même que je me considèrais comme bien informée et avertie sur les enjeux sociaux et environnementaux de notre alimentation.
Je vous le recommande. Sa vision dispense de bien des discours sur la nécessité de manger bio et local, et de réduire sa consommation de produits animaux.
Du coup, je regarde mon frigo d'un nouvel oeil critique...
C'est tout bio, d'accord. Mais local ? Il faudrait faire subir une révolution à notre alimentation familiale pour ne manger que des produits de la région, ou au moins produits en France,... ou en Europe,... ou de ce côté de la mer...
Etagère du haut ?
<<Californie, c'est fini...>> ! Je cherche désormais une source provençale et bio pour mes amandes. Les noix de cajou crues font partie, avec le thé, le café, le chocolat et les bananes des aliments exotiques que l'on trouve (encore ?) dans ma cuisine. Nous avons fortement réduit leur consommation ces derniers temps. Point d'interrogation.
Etagère du milieu...
Du côté des produits laitiers ? Que ce soit au lait de vache ou au lait de soja, je fais presque tout moi-même désormais, à partir de lait bio d'ici ou de soja du Sud-Ouest. Mais pas le comté adoré de mes enfants !
Il reste le beurre, que nous utilisons des tartines du petit déjeuner. Je n'ai pas trouvé de beurre bio en Touraine. La production de beurre est hautement concentrée par quelques grosses entreprises. Et à moins d'habiter en Normandie ou peut-être en Bretagne, le beurre que nous achetons a dû parcourir une bonne part des neuf mille kilomètres du fameux pot de yaourt aux fraises.
C'est ma dernière barquette de tofu soyeux allemand ! Tant pis si le mien n'a pas tout à fait la même allure...
Etagère du bas ?
Le riz, ma céréale préférée ! Lui non plus, ne sera jamais tourangeau... La Coop de Tours s'est mise au riz de Camargue : je vais en profiter. Pour remplacer le lait de riz Lima, produit en Belgique à partir de riz italien ? Quant aux galettes de riz Bioryza, comme souvent pour les produits travaillés, l'origine du riz n'est pas précisée... Je sais faire le lait de riz, mais pas les galettes.
Finalement, il n'y a que le bac à légumes qui soit <<vraiment local>>.
Les petites douceurs luxueuses de la portière...
Alors là, ça part dans tous les sens, du chutney maison aux petits pots japonais bizarroïdes, genre miso et purée d'umeboshi.
Là non plus, l'étiquetage ne suffit pas : d'où viennent l'huile, la moutarde, etc. de la <<moutarde de Dijon>> de Vigean, notre excellent fournisseur régional d'huiles ? Pas d'autre moyen que de lui poser la question.
Les olives viennent du Maroc en passant par le sud de la France pour faire plus chic ; le pot de câpres au vinaigre est allemand (mais les câpres, ça m'étonnerait !) ; le sirop de safran vient du Quercy en passant par Paris, le vinaigre balsamique de Modène en Italie ; la confiture de poires est de la région nantaise (mais pas le sucre à l'intérieur...).
Toutes ces régions dans ma porte de frigo, c'est à la fois magnifique et effrayant.
J'ai commencé à envoyer des mails à toutes mes marques préférées pour connaître l'origine des ingrédients, mais je vais devenir folle si je commence à me demander par quel circuit les produits sont arrivés à Tours, et d'où viennent les emballages, etc. Ca me ramène à mes lointaines études, et aux premières et très imparfaites tentatives d'éco-bilan (au début des années 90).
Bref, pour me sauver de la folie qui guette, il n'y a pas d'alternative : Me pencher encore et toujours sur les merveilles de ma nouvelle région ! A suivre...
Merci de m'avoir lu dans mes délires exhibitionnistes du jour. Si le déballage de frigo vous plait, allez voir la belle série de Vertsoleil et "Dans mon frigo, il y a..." pour un tour de France indiscret.
Tout à fait passionnant et riche d'enseignements pour mon propos du jour, allez voir aussi les photos du livre "Hungry planet", chroniqué par Le bout du monde.
J'attends vos commentaires avec intérêt pour alimenter cette réflexion qui ne fait que commencer.




