Je vous présente aujourd'hui quelques notes et photos de ma visite aux Vergers de la Bretêche.

Pour les personnes qui, comme moi, ne connaissent rien aux techniques agricoles, aux motivations et réalités des producteurs engagés dans la bio,... mais tentent de s'améliorer !

Je vous ai déjà parlé de Patrick Couté, qui vend ses pommes à Tours sur le Marché Velpeau. Du coup, il m'a proposé de lui rendre visite. J'ai passé un après-midi ensoleillé dans un verger en fleurs, avec mes enfants, à lui poser toutes sortes de questions naïves...

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Des pommes bio, mais pas seulement

Nous sommes à Saint Paterne Racan, à une trentaine de km au nord-ouest de Tours. C'est une région réputée en Touraine pour sa production de pommes, qui réserve quelques surprises au visiteur. On pénètre dans le bourg par la rue principale, qui sinue entre l'Escotais et la falaise où s'alignent maisons et caves troglodytes. Mais où sont les pommiers ?

caveJ'ai trouvé sans problème la maison et sa cave creusée dans le roc, qui sont signalées par le panneau "Pommes bio". Il faut ensuite grimper par un petit chemin en terre, pour découvrir en haut de la falaise, le verger et la vue dégagée sur les champs et vergers environnants. Le bourg ne se laisse plus deviner que par quelques toits qui dépassent.

Le verger de 6-7 ha environ, est beaucoup plus complexe que je ne l'avais imaginé. Il y a des rangées de pommiers, bien sûr. Mais aussi des cerisiers, des poiriers, des cognassiers. Les rangées de cassissiers, framboisiers, groseilliers, et les aronias. Un petit potager à usage familial, je crois.


Je ne suis pas surprise de voir un coin réservé aux orties. Mais déjà plus étonnée, lorsqu'il demande aux enfants de ne pas cueillir les fleurs de pissenlit. Et nous découvrons aussi un jardin de plantes médicinales : menthe, rue, absinthe, etc. Elles seront elles aussi utilisées pour le traitement des arbres et des sols.


De façon générale, je vois peu de terre retournée. Patrick Couté souligne le paillage, qu'il utilise en été au pied de ses arbres. Les mauvaises herbes ne sont pas éliminées mais leur prolifération est limitée avec une broyeuse. Il fait d'ailleurs profiter ses voisins en agriculture conventionnelle de cette technique : un service rendu qui limite un peu la quantité de pesticides utilisés dans les environs.

Il repère d'ailleurs beaucoup de plantes et de fleurs sauvages qui poussent dans les bosquets ou dans le verger, et s'émerveille des orchidées, des bourdons qui s'activent, et des oiseaux sur lesquels il compte pour limiter les invasions d'insectes parasites.

Alors que nous sommes entourés de pommiers, il trouve qu'il n'y a "pas assez d'arbres", et fait pousser des noyers du Japon et d'autres espèces, pour qu'ils demeurent dans le paysage. La haie vive qu'il a planté pour protéger l'exploitation prend forme au fil des ans.

Une parcelle vient d'être arrachée et nivellée, parce qu'il y avait "assez" d'arbres fruitiers. Quelques animaux y trouveront peut-être une pature plus tard. Pour l'instant, les seuls animaux élevés ici sont les abeilles de deux ruches.

 

Biodynamie mystérieuse

Patrick Couté est l'un des rares arboriculteurs formé en bio-dynamie. Cette rencontre a été pour moi l'occasion de surmonter mes préjugés à l'égard de l'agriculture biodynamique.

J'étais déjà convaincue de l'excellente qualité des produits issue de la biodynamie, et de la sincérité de ses partisans. Mais je dois avouer mon scepticisme à l'égard de sa théorie, et ma méfiance vis-à-vis de son vocabulaire et de ses concepts les plus ésotériques.

Steiner_Berlin_1900_bigC'est Rudolf Steiner, le père de l'anthroposophie, qui a fondé l'agriculture bio-dynamique en 1924. Je dirais simplement que ces techniques reposent sur l'attention à la santé du sol plutôt que sur le traitement des cultures, sur une éthique forte plutôt que sur la recherche de l'amélioration de la productivité, et la prise en compte de l'influence du "cosmos" dans les pratiques agricoles. Si vous souhaitez en savoir plus vous pourrez vous reporter par exemple au site de la Maison de l'agriculture Bio-dynamique.

 

 

Patrick Couté, qui connait par son expérience professionnelle à la fois l'arboriculture conventionnelle, biologique et bio-dynamique, peut témoigner de ce que lui apporte cette pratique, même s'il regrette de ne pouvoir mieux la "comprendre".

Il a évoqué en particulier deux spécificités :

  • D'une part, le respect, dans la mesure du possible, des "rythmes cosmiques" et d'un calendrier des "jours-fruits" et des "jours-fleurs" pour ses interventions au verger.
  • D'autre part, l'utilisation de préparations-maison, élaborées dans un dynamiseur, qui servent à soigner les sols ou à traiter les arbres.
    Décrit par moi, cela donne ceci : une grande cuve en bois, avec une pâle à l'intérieur, qui permet de mélanger des ingrédients : de la terre du verger, de la silice, des plantes ramassées ou cultivées à cet effet sur le domaine, et d'autres achetées spécialement. La rotation, dans un sens puis dans l'autre, crée un "chaos" qui "dynamise" la préparation. Elle est ensuite enfouie dans le sol ou pulvérisée en toutes petites quantités en fonction des besoins.

Ces techniques permettent à Patrick Couté de limiter au maximum l'apport de sulfate et de cuivre (autorisés en agriculture biologique) et de tendre vers l'autonomie en diminuant les intrants achetés à l'extérieur.

 

Une recherche permanente

Pour résumer cette visite, je dirais que j'ai été impressionnée par cet esprit de recherche et d'expérimentation systématique et sans répit. Depuis qu'il s'est installé et a progressivement converti son exploitation à la bio, Patrick Couté continue de s'approprier, tester et d'améliorer ces techniques, au risque d'échecs et d'années difficiles.

Chercher et introduire des variétés, croiser, recéper et greffer, permettre des pollinisations croisées, tenter de supprimer tous les produits de traitement utilisés, revenir en arrière et recommencer, déplacer les ruches,... les connaissances empiriques s'élaborent au fil des années.

La bio au delà de la technique

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J'ai aussi été frappée par le plaisir que Patrick Couté prend à son travail, pas seulement suscité me semble-t-il par cette recherche, mais aussi par la modification radicale de la commercialisation de sa récolte.

En changeant de mode de production, il a aussi pu changer de clients : Plutôt que de vendre ses fruits à la coopérative locale, en se soumettant ainsi aux exigences de la grande distribution sans en tirer une rentabilité suffisante, il a choisi un circuit de vente très court qui le libère du souci de la productivité : la totalité de sa production est vendue sur les marchés de Tours. Et il apprécie manifestement ces contacts avec ses clients.

Au total, sa conversion à l'agriculture biologique s'est accompagnée d'un changement complet de philosophie : Emerveillement devant la nature, recherche d'autonomie plutôt que de productivité, échanges de services avec d'autres professionnels, chaleur des contacts avec les clients, contribuent à rendre son métier plus riche et plus intéressant.

 

Variétés nouvelles et anciennes

Une "nouvelle variété" dans le verger ne signifie pas une "variété nouvelle" !

Patrick Couté cultive plusieurs variétés anciennes dans son verger. Les raisons en sont multiples : résister à l'uniformisation des variétés par l'agriculture industrielle, en conservant et diffusant des variétés délaissées, tout d'abord.

Mais aussi, le fait que les variétés anciennes sont souvent mieux adaptées à l'agriculture biologique. Elles demandent moins d'eau, donc pour ainsi dire pas d'arrosage. Et comme elles sont plus tardives, les arbres sont plus rustiques, et resistent mieux à certaines maladies. Par exemple, c'est au début du printemps que se multiplient les champignons comme la tavelure. Ils sont disséminés par le vent et s'installent sur les feuilles, pour se développer plus tard sur les fruits et ruiner la récolte. Si les feuilles et les fruits ne sont pas encore apparus à cette période, ils seront moins touchés.

Voici les variétés que l'on peut trouver en cette saison aux vergers de la Bretêche :

fuji_pFuji

Originaire du Japon, 1939. Croisement de Ralls Janet et Red Delicious. Introduite sur le marché depuis 1962.
Fruit moyen à gros, strié rouge-orangé sur 1/4 à la moitié de la surface. Epiderme vert à lenticelles en étoile, chair blanc-verdâtre, fine, tendre, juteuse, très sucrée mais peu acidulée et peu parfumée.
Très bonne conservation, jusqu'en juin, mais qualités organoleptiques moyennes.

 

 

galaGala

Croisement entre Golden delicious et Kidd's orange (1960).
Fruit strié de rouge carminé. Sa chair est jaune, ferme croquante, juteuse, sucrée.

Excellent fruit de table et de cuisson.

 

golden_pGolden

Originaire d'Amérique (1890)
Culture facile, bonne résistance à la sécheresse.
Calibre moyen à gros. Peau lisse avec des lenticelles. Coloration jaune verdâtre, légère coloration rouge côté soleil. Chair blanche, juteuse, ferme, fine, sucrée, légèrement acidulée.
Excellente pomme à couteau.


melroseMelrose

Croisement entre Jonathan et Delicious, originaire des Etats-Unis.
Peau lavée de rouge foncé sur fond jaune avec quelques rugosités.
Calibre moyen à gros. Assez ferme, juteuse, sucrée, parfumée.

 


Et donc, il y a aussi :

jaune_beurre_pJaune Beurre

C'est une sous-variété de la Reinette du Mans à chair jaune, très résistante à la tavelure, que l'on trouve dans le Nord de la Touraine et dans la Sarthe, aux environs de Chateau-du-Loir.
Epiderme jaune doré, tache de fauve sur tout le fruit, épais et rude.
Chair jaunâtre, bien parfumée, parfois supérieure à la Reinette du Mans.
Très bonne pomme à couteau.

 


pepin_de_bourgueil_pPépin de Bourgueil

Originaire de Bourgueil, on la trouve en Indre-et-Loire.
Fruit moyen à gros, épiderme verdâtre à jaune pâle, fortement plaqué de fauve-verdâtre rugueux.
Chair blanchâtre à jaunâtre, peu juteuse, croquante, parfumée, légèrement sucrée et légèrement acidulée.

Très bonne pomme à cuire.

clochard_pReinette Clochard(e)

Originaire de l'Ouest de la France, sans doute des Deux-Sèvres.
Maturité tardive, pouvant se conserver jusqu'à la fin de l'hiver, ou jusqu'au printemps en chambre froide.
Fruit moyen, ayant l'aspect d'une petite reinette du Canada. Dans les régions où la variété réussit bien, le fond est jaune d'or à maturité : Peau jaune dorée, tachetée de minuscules points bruns.
Chair ferme, juteuse, sucrée, parfum prononcé de reinette.

reinette_grise_St_Onge_pReinette grise de Saintonge

Origine très ancienne et inconnue.
Fruit moyen à gros, épiderme mince et rude, entièrement bronzé, passant du gris verdâtre au roux brillant, granité de points rugueux.
Chair roussâtre, très ferme, à saveur sucrée, acidulée, légèrement anisée.
Bonnes pommes à tarte.

 

reinette_du_mans_copie  Reinette du Mans

Très tardive, donc rustique.
Fruit aplati à la base, épiderme lisse, jaune clair, finement ponctué de brun sur toute la surface, plus ou moins strié de brun-grisâtre. Très bonne qualité gustative. Chair blanche, fine, serrée, croquante, assez juteuse, assez sucrée, parfumée.  Se conserve jusqu'en mai.

Très bonne crue ou en compote.

Plusieurs autres variétés sont cultivées, mais elles sont commercialisées plus tôt parce qu'elles se conservent moins longtemps. Donc je n'ai pas pu les photographier !

 

Sources pour la description des variétés :

Fruitiers.net (bourse aux greffons)

Les Croqueurs de Pommes

Les Croqueurs de Pommes de Touraine

Les pommes de nos vergers (site personnel qui donne les fiches variétales des Croqueurs de pommes ou d'autres sources)

Pomologie (site d'Alain Rouèche, membre des Croqueurs de pommes)

Préoccupations

Avec l'uniformisation des variétés de fruits, ce qui semble inquiéter Patrick Couté, c'est la réduction des terres agricoles et du nombre de personnes vivant de l'agriculture. A Saint Paterne Racan, plusieurs agriculteurs viennent de cesser leur activité, pour des raisons diverses. Ils revendent leurs terres, au bénéfice d'une urbanisation qui grignote petit à petit les terrains agricoles.

La politique publique en matière d'agriculture reste très peu favorable au bio. La PAC continue de ne s'intéresser qu'aux céréaliers, qu'ils soient en bio ou non. La France détient toujours un record pour l'utilisation de pesticides. Pour les maraîchers et les arboriculteurs, il n'y a de subvention possible qu'au moment de la conversion des terres en bio, et encore sont-elles assorties de contraintes très lourdes et parfois absurdes. Les programmes des candidats aux prochaines elections ne rendent pas particulièrement optimiste quant à l'évolution de ces politiques.

Pendant ce temps-là, nous consommons de plus en plus de fruits importés, à grand renfort d'énergie mais à des prix étonnemment bas. C'est ce qui représente le plus grand danger, aux yeux de Patrick Couté, pour l'avenir des vergers français.

 


Coordonnées :
Verger de la Bretêche
16 rue du Maréchal Leclerc
37370 Saint Paterne Racan
Tel. 02 47 29 31 12

Vente à la ferme le samedi de 15h à 18h

A Tours,
Marché Velpeau, jeudi matin et dimanche matin
Marché Beaujardin, samedi matin